Suite bouffée délirante aigüe

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Charlotte64100
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- 21 août 2011 à 02:52
 Anonymexd - 3 mai 2018 à 11:30
Bonjour,

J'ai dû amener mon ami aux urgences psy suite à une Bouffée délirante aigüe qui a duré plusieurs heures.
Le médecin nous a proposé de le garder une nuit en hospitalisation.
J'ai préféré qu'il rentre chez moi car j'avais trop peur qu'il se sente trop isolé et que son délire recommence.
Cela fait 4 jours que je le contiens sans aucun mal chez moi.
Je me pose juste la question :
Est-ce bon signe qu'il soit aussi calme (trop par rapport à ce que je le connais), quasiment veule, sans aucune contestation et à dire amen à toutes mes propositions.
Cela mis à part, il va tout à fait bien aujourd'hui (physiquement du moins).

Après une BDA, aussi courte soit-elle; est-il réellement nécessaire de subir une hospitalisation?
Je me demande au final si je n'ai pas fait une erreur de le ramener dans le cocon de mon appartement?
merci pour conseil..Charlotte.
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Estherenn
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Modifié par Jeff le 21/06/2013 à 19:02
Bonjour !
Je tiens surtout à faire part de mon expérience car je sais que cela m'aurait été utile. En particulier à "ttristement" et à ceux celles qui ont besoin d'un peu d'espoir.
J'ai 34 ans. J'ai fait des bouffées délirantes à l'âge de 20 puis 22ans. Aucune rechute depuis et aujourd'hui, je suis heureuse de vivre tout simplement. Aujourd'hui, j'ai un travail que j'aime, j'aime et suis aimée, j'ai de vrais amis, et de l'avis de ceux qui me connaissent, je suis équilibrée.
Pourtant, cela aurait pu mal finir.

En ce qui me concerne, j'étais plutôt introvertie avant les BDA et je suis passée à l'excès inverse pendant celles-ci (j'ai vu que l'expérience pouvait être totalement inverse).

Le plus difficile après les délires (qui sont exaltants), c'est de comprendre que tout cela n'était que folie, de se savoir tout d'un coup "fragile" et surtout "folle". Le plus difficile, c'est d'avoir peur, c'est -à-dire d'avoir peur autant que l'entourage a ou peut avoir peur, d'avoir même encore plus peur. Le plus difficile c'est d'avoir intégré en soi l'angoisse de la folie et son exclusion. Pour moi, la dépression c'était aussi le désir de jeter la folie à la poubelle et moi avec bien sûr. Jetons tout cela par la fenêtre,n'est-pas ou enfermons tout cela parce que ça fait peur.

Ce que j'ai mis énormément de temps à comprendre, c'est que la "folie" (un bref aperçu mais un aperçu de quelques mois à chaque fois tout de même) n'est pas quelque chose d'inhumain, que le délire n'est que le signe d'un dysfonctionnement, une réaction à quelque chose qui ne va pas. Le problème, c'est que très peu de gens comprennent cela réellement. On peut faire de belles phrases mais ce n'est pas compris. Pour moi, les bouffées délirantes aiguës sont une maladie dont on n'a pas à avoir, mais alors pas du tout, honte, pas plus qu'une autre maladie. Tout le monde connaît dans son entourage proche quelqu'un qui a fait une dépression mais en même temps, cela reste très souvent un tabou, une honte. Tout ce qui touche la tête est honteux, c'est simple. C'est cela qui est très grave.

Pendant les bouffées délirantes, la personne garde toute sa sensibilité et son intelligence. La personne est autant qu'avant un être humain. Elle met son entourage en grande difficulté, je le comprends très bien. En fait, elle vit une crise,plus difficile que la crise d'adolescence, plus dangereuse, mais une crise, ça se traverse et ça peut vraiment être pour un changement bénéfique.
Les médicaments sont dans un premier temps complètement nécessaires tout en restant complètement insuffisants.

Le plus important, c'est d'exprimer parce que la soit-disant maladie honteuse qui nous est tombée sur la tête ("mais pourquoi sur moi ??"), il va falloir comprendre qu'elle n'est pas du tout honteuse, qu'elle est humaine, que ce n'est pas forcément un hasard (et tant mieux, il vaut mieux que les choses aient du sens), parler de choses douloureuses pour les faire sortir. Au début, je n'avais pas l'impression d'avoir souffert tant que cela dans ma vie mais en fait, il vaut mieux pouvoir mettre le doigt sur ce qui ne va pas même si on croit au départ qu'il n'y a pas grand chose. On s'aperçoit qu'il y a de la matière finalement.

La thérapie n'est pas suffisante. Il faut vivre aussi, aller vers ceux celles qui ont de la générosité, de la simplicité, de la joie de vivre. Et lorsque rien ne va parce que "les voix" (ou le défilé d'images en soi) nous tuent à force de nous envahir, nous fatiguent car elles sont là envers et contre tout, il faut savourer chaque instant de liberté. Il faut savoir que cinq minutes, c'est énorme et qu'elles valent la peine d'être vécues, même deux minutes... Insensiblement,sans que l'on s'en rende compte, les minutes deviennent des heures puis des années. Les "rechutes" fréquentes feraient perdre tout espoir à beaucoup mais, pour l'avoir vécu, je sais qu'un après est complètement possible. Et un excellent après.

Autre chose essentielle :
Pendant ma première dépression (après les premières BDA), je lis dans un dictionnaire médical de ma fac: dans 50 pour 100 des cas, les BDA se transforment en schizophrénie. Bon,alors, les statistiques par contre, elles, on peut les mettre à la poubelle. On va très mal et là on se dit qu'on a une chance sur deux pour ne plus jamais être soi, pour être un zombie enfermé en HP, c'est cela qu'à ce moment là la personne en difficulté enregistre.
Je peux dire que les statistiques ne m'ont pas aidée. Je pense qu'elles m'ont même donné plus qu'envie d'en finir avec moi.
Un qui m'a aidé (beaucoup m'ont aidé, psy et amis), c'est Boris Cyrulnik. Dans Les vilains petits canards (je n'ai lu que le début), il dit qu'à presque toute personne ayant vécu un traumatisme, la société assène après le traumatisme un discours d'une extrême violence (enfant battu ou violé deviendra, les si scientifiques statistiques le prouvent, dans 50 pour100 des cas -ça j'invente- violent ou violeur). Les personnes qui ont vécu un traumatisme n'ont pas besoin du regard des statistiques. Les personnes qui ont beaucoup souffert ont besoin de confiance en elles, de patience et surtout de se tourner,de se diriger vers ce qui leur fait du bien. En tout cas, celles qui s'en sortent elles font confiance à l'humain, pas aux statistiques. On a besoin de l'humain en soi, du vivant en soi. Il n'y a que la mort qui ne change pas, le vivant est capable de changement. Vous pouvez faire confiance à votre vivant, pas aux statistiques car si elles vous font perdre espoir, bientôt on écrira dans 60 pour cent des cas n'importe quoi. Je ne veux pas dire qu'elles sont fausses, juste qu'il faut y faire très attention :on ne peut pas enfermer du vivant dans des statistiques car on le transforme alors chemin faisant et cela peut être très grave.
Autre chose, parler de ce qui nous fait peur est le premier pas pour ne plus en avoir peur. Lorsqu'on affronte, on n'a pas peur. Beaucoup moins en tout cas.
Aujourd'hui, pour conclure, je reste certainement une personne plus sensible que la moyenne,sans doute plus fragile, mais je préfère le savoir. Si jamais une rechute devait se produire, je suis heureuse de dire que ma vie ne peut en aucun cas se résumer aux BDA. Ma vie, c'est aussi beaucoup de joie, d'amitié, d'amour et des valeurs. Mes études ont pris un choc à vingt puis vingt-deux ans et mon travail ne brille pas spécialement socialement, voire pas du tout, mais je sais combien ma vie et ma raison sont précieuses, je sais reconnaître les personnes pour qui l'être est plus important que la possession (maison,carrière,etc..).
Bref, je suis heureuse. (ça ne veut pas dire que tout est parfait,bien entendu mais que ma vie, je la trouve belle).
Courage ! Appuyez-vous sur le positif et uniquement sur cela. Et gardez une hygiène de vie (bien dormir surtout, avec ou sans médocs, médocs s'il le faut en attendant que ça passe, bien manger). Et ne brûlez pas les étapes mais soyez confiant et patient, patient et confiant dans votre vivant qui va se réparer avec votre aide, si vous avez une tête, même qui a pris un choc, elle est vivante et vous pouvez vous en servir pour vous en sortir.
A l'entourage : soyez vous même, si vous avez peur, vous ne pouvez pas trop le cacher mais appuyez-vous toujours sur du positif et pas sur des statistiques déprimantes. C'est la seule manière d'aider. Il faut accepter que cela prenne du temps, que la reconstruction soit lente mais vraiment bonne, possible. Ayez confiance, si vous vous appuyez sur le positif, cela va vraiment aider.
J'espère que ce que j'écris vous sera utile.
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Merci pour ce commentaire qui donne beaucoup d'espoir.
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Estherenn
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12 sept. 2012 à 19:53
De rien du tout. Ne le perdez pas ! :o) Courage.
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Bonjour Estherenn,

Je suis la mère de Sam4700 et je suis très contente d'avoir lu votre témoignage, ainsi que mon fils, qui a fait aussi une BDA en juillet 2012, à 23 ans.
Je trouve que vous avez eu beaucoup de courage. Je pense beaucoup comme vous, qu'il faut compter sur son propre ressenti et se faire confiance, d'autant que l'expérience que mon fils et nous, sa famille, avons fait des discours qui nous ont été assénés pendant l'hospitalisation de mon fils par une psychiatre d'une dureté impitoyable ont bien failli nous démolir.
En gros, le discours était : mon fils avait une maladie qui s'annonçait depuis six mois, et il se dirigeait vers une maladie psychique ; pas d'alternative, pas de précision ! La psychiatre a dressé un tableau de lui avant sa BDA qui ne correspondait pas du tout à la réalité, comme s'il elle voulait le faire rentrer dans un "cadre" ; qu'il restait couché toute la journée, qu'il ne faisait plus rien, qu'il n'avait pas pu faire face dans le travail qu'il avait trouvé ! Tout cela avec une dureté et un sadisme impitoyables ! Et un portrait totalement faux (il se levait tôt, était actif, sportif, volontaire... etc) ! Un nouveau début de crise s'est profilé à l'hôpital après un changement et une forte diminution soudaine des médicaments de Sam, toujours sur décision de cette psychiatre (à se demander si ce n'est pas elle, la "folle"). Je me suis demandée si ce début de crise n'était pas dû à la baisse soudaine des médicaments... Je m'en suis plainte auprès du directeur des soins de l'établissement !
Résultat des courses : nous l'avons rapidement sorti de l'hôpital contre avis médical car nous n'avions plus confiance, l'avons emmené en vacances où il a beaucoup récupéré et là, il vient de retrouver du travail ! Incroyable les resssources qu'il a trouvées en lui : il commence dans trois semaines...
Mon fils est maintenant suivi par un psychiatre mais malheureusement celui-ci s'est fait monter le bourrichon par l'autre de l'hôpital : le problème est qu'il lui donne encore un traitement lourd, parle par allusion d'une "maladie" sans vouloir donner de précision ; quant à moi, il me fuit depuis que je lui ai dit que sa collègue de l'hôpital avait eu un comportement problématique.
Lorsque mon fils demande à son psy s'il va pouvoir diminuer les médicaments car il a un gros traitement d'attaque encore, et beaucoup d'effets secondaires (grosse fatigue, impatiences, et aussi je pense, dépression accrue...), celui-ci dit que non, que c'est trop tôt et rien de plus... C'est déroutant.
J'en ai vraiment assez : on dirait qu'ils ne savent pas eux-mêmes où ils vont, cela en est inquiétant. Je suis aussi inquiète des effets secondaires.
Mon fils est aujourd'hui conscient d'avoir déliré, est lucide mais difficile d'être serein avec tout ça : quant à vous, je voulais savoir combien de temps vous avez pris de médicaments et si vous en prenez toujours. Avez-vous effectué un sevrage progressif (et total) ?
Merci d'avance.
Je suis heureuse de votre témoignage positif et je vous dis bravo pour ce courage que vous avez eu. Je pense aussi qu'on peut s'en sortir si l'on fait confiance à ses ressources intérieures, à son propre ressenti et que l'on peut se servir d'une expérience telle que celle-ci pour rebondir dans sa vie, choisir un chemin, qui peut-être, nous ressemble plus.
Mais que l'attitude des soignants est parfois déroutante et froide ! Cela n'aide pas, c'est le moins que l'on puisse dire... Cela nous a même fait et nous fait encore beaucoup souffrir.

Merci encore car cela fait du bien de vous lire !
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Bonsoir,
Je pense qu'il est très important que votre fils puisse se sentir en confiance avec son psychiatre et s'il n'est plus hospitalisé, rien n'empêche de chercher un autre psychiatre plus à l'écoute. En même temps, c'est un sujet très compliqué les médicaments. Je sais qu'au tout début, les doses étaient trop fortes puis elles ont été ajustées. Il faut trouver un juste milieu et surtout quelqu'un qui ne soit ni un adepte forcené des médicaments (au détriment d'une vraie psychothérapie : relation d'aide par l'écoute,la parole) ni complètement inconscient, les médicaments sont vraiment nécessaires pour stopper. En fait, je ne suis pas à même de juger, par contre il est important que votre fils et vous aussi vous sentiez rassurée par le suivi. Je suis en difficulté pour vous répondre précisément car je ne me souviens pas précisément. Tout ce que je pense, c'est que les psychiatres sont comme tous les médecins, il y en a qui nous conviennent et d'autres pas. Ma mère a été orientée vers une bonne psychiatre et psychanalyste qui n'a jamais forcé sur les doses de médicaments (j'étais d'abord tombée sur une jeune qui avait peur de ce qui m'arrivait et jamais elle n'aurait pu m'aider car je ne pouvais pas avoir confiance en elle). Maintenant, peut-être aussi que les médicaments sont lourds mais que c'est légitime, ce n'est pas à moi de juger. Le mieux, c'est peut-être d'essayer d'avoir plusieurs avis, d'interroger plusieurs professionnels jusqu'à trouver celui avec lequel vous sentez, Sam et vous une vraie confiance possible. Ce n'est pas très facile cette partie là mais c'est très important. J'ai tendance à penser que les psychiatres psychanalystes sont plus ouverts que les autres mais bon, c'est à vous de voir et je ne suis pas sûre qu'il y ait de règle absolue.
Sinon, après mes secondes bouffées délirantes,j'ai stoppé les médicaments (je suis désolée, je ne me souviens plus trop de ce que je prenais mais ce n'était pas très lourd) de façon non orthodoxe par ce que j'avais "oublié"(...) pendant les vacances d'été les médicaments chez moi. Je ne dis pas ça pour encourager à faire comme moi car je considère aujourd'hui que c'était bien risqué mais en même temps, voilà, c'est arrivé comme ça. Puis, j'ai déménagé, suis allée voir un autre psychanalyste qui ne m'a pas plu et j'ai arrêté là toute thérapie. Il faut dire que j'ai eu énormément de chance car j'avais à l'époque un entourage amical très chaleureux, ouvert et non apeuré qui m'a beaucoup beaucoup aidé. Couper les ponts avec ma famille en déménageant m'a fait énormément de bien (ce sont des gens très bien mais ce n'est pas le problème). Je ne peux pas être du tout précise au sujet de la durée, des doses, parce que ce sujet est une des parties les plus difficiles pour moi dans le processus de reconnaissance de ce qui m'est arrivé, j'ai eu beaucoup de mal à accepter l'idée de prendre ces médicaments etc. Alors, j'ai bien fait mon travail d'oubli...
J'espère que je vous aide quand même un peu. J'ai tendance à croire qu'il en faut mais pas au point d'être complètement abruti (sauf peut-être au tout début pour stopper) car on a aussi un peu besoin de ses méninges pour réfléchir un peu et aller mieux. Il faut trouver un bon dosage, c'est embêtant car on devient un peu cobaye, c'est pour cela qu'il faut un bon psychiatre et accepter aussi qu'il ne soit pas parfait. Sinon, aujourd'hui,je ne prends plus aucun traitement depuis plus de dix ans et je vais très bien.
Une bonne soirée à vous et ne vous découragez pas, ni vous ni votre fils :-)
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Merci encore. Je vais consulter un autre psychiatre extérieur afin d'assurer ma guérison. Pour l'instant j'ai un peu les idées noires, j'espère que ça va passer. C'est très difficile à vivre surtout quand le corps médical fait des prédictions assez noires. Mais je n'ai plus de bouffées délirantes, je me sens simplement déprimé, démotivé. J'ai du mal à reprendre le dessus d'autant que j'ai peu de gens au courant dans mon entourage. Bref j'ai besoin de curage pour me lever le matin.

J'ai retrouvé du travail et je sais pas comment je vais faire pour assurer dans mon état mais il faudra bien. Je vais m'inscrire a code de la route. C'est mieux que de rester inactif, je pense. J'ai hâte d'arrêter ces fichus médocs qui me plombent.
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