Lisez je vous en supplie

Mony -  
Radinoz Messages postés 7173 Date d'inscription   Statut Contributeur Dernière intervention   -

Je n’arrive pas à oublier ses mains. Ce n’est pas son visage qui revient, ni sa voix, juste ses mains sur mon corps, comme si je n’étais rien d’autre qu’un endroit où il pouvait poser ce qu’il voulait. Il y a eu un moment où j’ai senti que ça ne m’appartenait plus, que mon propre corps ne m’obéissait plus, qu’il était devenu étranger, presque inutile.

Depuis, il y a cette sensation qui ne part pas. Une impression d’être sale, mais pas comme après être tombée dans la boue. C’est plus profond, plus accroché. Comme si ça s’était glissé sous ma peau. Je peux me laver autant que je veux, rester longtemps sous l’eau, frotter jusqu’à en avoir mal, ça ne change rien. Ça reste.

Et puis il y a les regards. Les gens qui savent, ou qui devinent, ou qui croient comprendre. Ils parlent doucement, ils font attention, et dans leurs yeux il y a cette chose que je déteste : la pitié. Comme si j’étais devenue fragile, comme si j’étais abîmée d’une façon visible. Comme si tout en moi tournait autour de ça maintenant.

Le pire, c’est que moi aussi je le ressens comme ça parfois. Comme si cet instant avait pris trop de place. Comme si ses mains avaient laissé une trace invisible mais permanente, quelque chose que personne ne voit vraiment mais que moi je sens tout le temps.

J’aimerais dire que c’est fini, que c’est derrière moi, mais ce n’est pas vrai. Parce que même s’il n’est plus là, même si ses mains ont disparu, il reste cette sensation, ce souvenir dans le corps, cette impression que quelque chose a été pris et ne reviendra jamais complètement.

Et je dois continuer avec ça. Vivre avec ça. Essayer d’exister sans que ça prenne toute la place, même quand ça revient sans prévenir

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2 réponses

CALACSduQuebec
 

Merci d’avoir mis des mots sur ce que tu vis. En te lisant, je ressens à quel point cette douleur est encore présente dans ton corps et dans ton quotidien. Ce que tu décris — les souvenirs qui reviennent, la sensation d’être étrangère à ton propre corps, l’impression que quelque chose reste accroché malgré le temps — est profondément éprouvant.

Je veux que tu saches que tu n’as pas à porter tout cela seule. Ce que tu ressens mérite d’être accueilli avec respect, sans jugement et sans pitié. Tu es bien plus que ce qui t’est arrivé, même si aujourd’hui cette expérience prend encore beaucoup de place.

Si tu en ressens le besoin, il existe des ressources spécialisées qui peuvent t’accompagner à ton rythme. Les CALACS (Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel) offrent de l’écoute, du soutien, de l’accompagnement et des services gratuits et confidentiels pour les personnes ayant vécu une agression sexuelle.

Tu n’as pas à traverser cela seule. Il y a des personnes formées pour t’écouter, te croire et t’accompagner dans ce que tu vis, sans pression et dans le respect de tes besoins.

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