Le Deuil d'un avortement

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20 janvier 2022
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Bonjour,

Je viens sur ce forum pour faire part de mon expérience avec toutes celles qui comme moi ont vécu ou souhaite avoir recours à un avortement.
Sachez que je suis complètement et à 100% POUR ! Je ne suis pas ici pour débattre ou faire de la politique mais simplement pour transmettre mon histoire.

Pour résumer j'ai 20 ans, et je suis étudiante en 2è année infirmière.
Depuis 1 an et demi je suis célibataire et je profite donc de ce statut pour rencontrer et m'amuser (non merci les jugements). J'avais arrêter ma contraception (raison perso) mais bien sur j'utilisais des préservatifs.
Avec un de mes ami, nous avons voulu le faire sans, j'ai calculer dans ma tête mon cycle menstruel et j'ai accepter en connaissance de cause = GROSSE ERREUR !!! J'ai tout de même pris la pilule du lendemain par mesure de sécurité dans les 15h qui ont suivi le rapport (99,8% de réussite).

Vous vous doutez de la suite... 1 mois plus tard, pas de règles... éternelle optimiste je décide d'attendre mais sous le conseil d'une amie je décide tout de même de faire un test histoire de me rassurer. Positif. Je n'y croyais pas, c'était impensable. Retour à la pharmacie pour un 2è test. Toujours les 2 barres roses. On fait partie des 0,2% de malchanceuses.
Dans ma malchance je n'étais pas la seule à vivre cette difficile expérience. Avec mon amie nous sommes directement allées à l'hôpital pour lancer une procédure d'IVG. On court entre les services, regards étranges de nous voir arriver ensemble, paroles blessantes... Le plus dérangeant était de se dire que nous travaillerons avec ce genre de personnes aux mentalités régressives. Pour la plupart des femmes, comme nous. Au final nous ressortons, dépitées. Sans ordonnance, pas d'IVG.

Nous décidons de nous rendre au Planning Familial illico.

Super accueil, vraiment. Nous rencontrons chacune une conseillère à notre écoute, sans aucun jugement. Lors de l'entretien, je me rends compte qu'on parle bien de mon bébé, celui que je n'ai pas désiré et dont je vais me débarrasser. Sentiments d'injustice, culpabilité. On pense souvent que ce genre de choses n'arrivent qu'aux autres. Dans ma tête, je ne tomberais enceinte que le jour où j'aurais un partenaire de vie, une situation sociale et financière stable avec ma famille autour de moi. A la place, je me retrouve enceinte, étudiante célibataire et fauchée de 20 ans. L'entretien est flou dans ma mémoire. J'ai beaucoup pleuré. La conseillère a su être à mon écoute tout du long. Elle m'a bien fait comprendre que j'avais le choix, et je l'avais. J'avais une liste de pour et de contre.

POUR:
- j'ai un diplôme, je peux travailler et reprendre mes études dans quelques années
- ma famille me soutiendra, quoi qu'ils en pensent
- je n'étais pas seule
- l'instinct maternel, farouche et instantané, il vous prend aux tripes. Vous aimez et souhaitez protéger la vie au creux de votre ventre.

CONTRE:
- je me gère seule difficilement, alors un bébé ?
- c'est un engagement pour la vie
- je n'aime pas le père et ne souhaite pas construire une famille avec lui (même si il en serait ravie)
- je souhaite partir à l'étranger après mes études (un bébé de 2 ans en Afrique, en Inde ?)
- difficile de trouver l'âme sœur en tant que mère célibataire
- finit les soirées avec les copains
- et avant tout, je n'ai rien à offrir à mon enfant aujourd'hui, aucune sécurité

Bref, j'ai fais mon choix. Rapidement, et je le regrette. C'est une décision, un choix qui vous marquera. Même si le bébé est non désiré, il est une partie de vous et décider de le tuer peut devenir un lourd fardeau à porter.

Dans ma tête, je fuyais le problème. Quand bien même j'étais là, avec mes tests positifs dans le sac...je ne réalisais pas, je refusais d'y croire. Je les regardais toutes les 5 minutes comme si le résultat pouvait se modifier. Le docteur m'a prescrit un bilan sanguin et une écho pour déterminer le nombre de semaines de grossesse. Avec mon amie, nous sommes reparties, pas beaucoup plus soulagées, mais nous étions décidées et nous allions nous soutenir l'une l'autre dans cette épreuve.

Je refusais d'en parler à mon ami. Il aurait été trop heureux de cette nouvelle et risquait de m'influencer. J'avais toujours rêver de fonder une famille, ça aurait été trop beau. Un rêve que je ne souhaitais pas réaliser maintenant. J'avais peur de lui faire de la peine en avortant, je me débarrassais aussi de son enfant.

Le bilan sanguin fut formel, enceinte. Comme mes tests je le trimballais partout, vérifiant sans cesse les données. Mon identité et mon taux d'hormone.
Je suis allée à mon écho seule. Pas vraiment stressée, tout ça c'était juste un mauvais rêve bientôt terminé et j'avais hâte de reprendre ma vie normale. Les nausées commençaient à se faire sentir et c'était difficile à cacher. La sage femme n'était pas spécialement douce mais bienveillante. J'ai demandé à regarder l'écran. Elle m'a surement prise pour une folle mais je devais en avoir le cœur net. Mon bébé avait 2 semaines et demi. "A peine un embryon" a-t-elle dit. A ces mots j'ai cru que j'allais gifler cette femme. Ce n'était pas méchant, mais on aurait dit qu'il avait moins de valeur parce qu'il était tout petit. 11 mm, ce n'est pas rien. Même s'il est dépourvu de cerveau, il avait déjà une âme pour moi. Cela peu sembler enfantin comme représentation mais ainsi que je l'ai ressentis. Et puis c'était mon bébé. Qu'importe sa taille, son poids, son sexe... c'était mon bébé, mon trésor et pour le reste de temps qu'il avait à vivre je devais le protéger. Étrange comme une si petite chose peut révéler en vous tant d'amour et de tourments.
Après ça, j'ai assez peu de souvenirs.

Avec mon amie, nous avons décider d'avorter ensemble. Nous avons pris le 1er médicament un mercredi. Celui ci stoppe l'évolution du fœtus. Très franchement pour moi, ça le tue et c'est tout. Je n'ai rien à dire, je trouve ça juste horrible. Chez mon amie ça a commencer à déclencher l'expulsion (c'est son histoire et je n'en parlerais pas). Personnellement je n'ai rien ressenti de particulier. J'ai eu un temps d'hésitation devant le comprimé mais mon choix était fait. Nous avons pris le 2e le vendredi, au chaud devant des films, nous avons attendu. Nous avions mis de grosses serviettes types couches en prévoyance des saignements attendus. Spasfon, Doliprane. Nous étions prêtes. Enfin je le pensais.

La douleur est intense, même avec des antalgiques. Les contractions sont fortes et me tiraillaient jusque dans les omoplates. Je n'ai jamais accouché mais j'imagine que c'était la version miniature d'un réel accouchement. Malheureusement je n'ai rien perdu cette après-midi, ça n'a commencé que dans la nuit et ce fut long, pour moi. J'ai expulsé le placenta dans les toilettes. La gynécologue m'a dit que c'était impossible mais un morceau de chair sanglante qui sort de votre vagin lorsque vous poussez, y a pas 3 000 possibilités. Bref, passons les détails. J'ai eu des crampes douloureuses les 4 jours qui ont suivi avec des genres de règles très sanglantes et caillots. J'avais jamais vu ça. C'était assez intense et choquant. Je me rappelle mettre demander en changeant ma serviette si mon bébé était là quelque part noyé dans ce mélange coton et sang. J'en ai beaucoup pleuré. C'est à cet instant que je réalisais la portée de mon acte. De mon choix. La douleur est davantage psychologique. Pour moi ce fut une longue semaine.

Ma famille et mes amies furent très présentes. Moralement, elles furent d'un grand soutien. Avec mon amie, nous avons pris une routine. Tous les jours, nous prenions de nos nouvelles. Tant sur notre état physique que psychologique. Et même si nous le vivions différemment, c'était réconfortant de savoir qu'on ne le vivait pas seule.

J'ai beaucoup réfléchi au fait que c'était fini, que sa présence en ce monde n'était plus. Sa vie s'était éteinte, disparut dans une des couches souillées d'une marque quelconque. Je me suis rendue compte que je ne pourrais jamais plus le voir, le sentir dans mon corps, jamais il ne viendrait au monde, je ne pourrais jamais le tenir dans mes bras, l'embrasser ou le border. Et ça faisait mal... ça fait toujours mal...

Deux semaines après l'avortement j'ai fait une écho de contrôle pour vérifier que l'embryon avait bien été expulsé. Quoi qu'il en soit, il n'aurait pas pu grandir davantage mais il est important qu'il n'y soit plus sous risque d'une infection. Ce jour là, j'ai demandé à la gynéco (oui elle a été choquée et a bien failli refusé) les photos de l'ancienne écho, lorsque mon bébé existait encore. J'avais besoin de le revoir, de prendre conscience. Je ne voulais pas fuir. Je savais que ça serait douloureux mais c'était la moindre des choses. Accepter qu'il ait existé et qu'aujourd'hui il ne soit plus de ce monde, c'est tout ce que je pouvais faire par respect pour la vie courte que j'avais décidé de lui donné. J'ai à nouveau regardé l'écran. Vide. Plus de petite poche avec mon bébé niché dedans. L'IVG était un succès. Et c'est là que les ennuis ont commencé.

S'en ai suivi, et s'en suit encore, une période de deuil. C'est ainsi que je le ressens et que je le vis. On a beau avoir pris cette décision pour les meilleures raisons, celles qui nous semblent les plus justes pour nous et notre enfant, on ressent une grande souffrance. Aujourd'hui encore je passe par des périodes entre les crises de larmes, un manque d'appétit, une abondance de tabac, l'isolement, le silence, les cauchemars, les envies suicidaires... ce sentiment d'être seule au monde. J'avais mon amie avec qui nous avons beaucoup discuté de notre situation commune mais je ne ressentais pas le soulagement dont elle me parlait lorsque sa peine fut passé. La mienne perdure. J'avance petit à petit. J'ai construis une boîte dans laquelle j'ai rangé un doudou, des chaussettes, des tétines... des choses qui lui auraient appartenu en temps "normal", ainsi que mon test et une lettre lui étant adressé. J'ai fermé et rangé cette boîte comme j'aurais aimé le faire avec mes émotions. Mais les crises ne mentent pas. J'ai détesté ressortir de chez moi et voir toutes ces femmes enceintes et heureuses. Je les enviais, jalousais leur bonheur qui aurait pu être le mien. J'ai même pensé retomber enceinte mais tout de suite je m'en suis voulu de penser que je pourrais remplacer mon bébé par un autre. Parfois je pleurais au milieu d'un couloir, d'un cours, d'une discussion voir même d'un repas. Je voulais retrouver mon bébé. J'ai tellement regretter ! Ma décision n'a pas vraiment changé, mais parfois je me demande... J'aurais pu attendre plus longtemps pour réfléchir j'avais 2 mois devant moi. Est ce que ça aurait pu être différent ? Serais-je plus heureuse ? C'est extrêmement difficile, pesant et fatiguant pour l'esprit. Et cela impacte le physique. Je me sentais coupable. Après tout, c'était mon choix. Je n'avais pas à me plaindre. On a du mal à en parler. Subir le jugement des autres en plus du notre. C'est invivable.

Certaines de mes amies m'ont qualifié d'immature, que je n'étais qu'une gamine. Elles trouvaient ça fou d'imaginer garder mon enfant dans ma situation. Je vous avoue qu'au départ ça m'a profondément blessé. Aujourd'hui je suis en colère. Mesdames, ne vous laissez pas faire ! Les gens qu'on aime pensent savoir ce qui est le mieux pour vous, mais la seule personne qui sait ce qui est bon elle, c'est vous ! Votre bébé, votre choix. Même le père de votre enfant n'a pas voix au chapitre. C'est la loi. Moi j'ai pris ma décision seule, je l'assume seule et personne n'a le droit de me juger. J'entends des femmes qui l'ont fait à cause de la pression familiale, d'un copain, sous le chantage d'un mariage... Bref, nous vivons dans un pays qui apportent énormément d'aides aux mères célibataires alors si vous souhaitez garder votre bébé, rien ne vous en empêche. Allez voir une assistance sociale ! Mais ne faites jamais quelque chose que vous pourriez regrettez amèrement toute votre vie. Moi j'ai accepté de porter cette blessure, et j'en porterais les cicatrices jusqu'à la fin. Bien sûr, la souffrance diminuera avec le temps et j'espère que ma prochaine grossesse, je la mènerais à terme avec un compagnon que j'aime à mes côtés.

Je pleurerais sa mort toute ma vie
C'est difficile de faire son deuil dans ces conditions. On a l'impression qu'on en a pas vraiment le droit.
Le regard des autres n'aident pas.
Mon travail aujourd'hui est de me défaire de ma culpabilité. C'est le plus dur. L'envie n'y ai pas.
Ma meilleure amie ne m'a jamais lâché, et il m'arrive de continuer à lui en parler, même si c'est difficile. C'est important. C'est ainsi qu'on avance.
Mais parfois ma peine est si forte que je voudrais mettre la vie sur pause


J'espère que mon témoignage en aidera certaines.
C'était une longue histoire, merci de l'avoir lu jusqu'au bout.


NB: J'ai réussi à en parler à mon ami. Heureusement, il a eu les bons mots, comprend mon geste même s'il l'a blessé. Cela m'a permis de faire un nouveau pas en avant.

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20 janvier 2022
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Bonjour,

Je rappelle Le but du forum est d'apporter des réponses simples et si possibles pratiques aux questions relatives à des problèmes de santé, mais ce n'est pas la vocation de Santé-Médecine d'offrir des espaces de type blog, témoignages, partage d'expériences etc....
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