Opiacés et substitution

Les Ordres des médecins et des pharmaciens ont établi des recommandations conjointes sur les traitements de substitution aux opiacés avec comme enjeux le suivi des patients, l’accompagnement des professionnels et l’accès aux soins. Ces préconisations actualisées doivent aussi permettre de garantir des prescriptions conformes à la réglementation.



Le rôle majeur des professionnels de santé prenant en charge ces patients

Les médecins et pharmaciens se trouvant en première ligne, il est crucial d’individualiser les situations les plus difficiles : mésusages ou usages détournés du traitement par le patient, prescriptions inadaptées ou forcées établies par un professionnel, trafic, etc.
Apporter des réponses adaptées et préciser la situation de délivrance de médicaments de substitution doit permettre de préserver l’accès aux soins pour tous les patients, de protéger les professionnels de santé, et de lutter contre le trafic.

Rappel des principes déontologiques et des obligations légales

La réponse à la demande de prise en charge du patient

Celle-ci passe par des bonnes pratiques incontournables, parmi lesquelles l’évaluation de la situation médico-psycho-sociale du patient, l’analyse de ses besoins, et l’élaboration d’un projet thérapeutique incluant la réduction des risques et des dommages. Il est également recommandé de veiller au respect du secret professionnel.

Droits et obligations du médecin et du pharmacien

La prescription doit être expliquée en détails (délivrance, observance, effets secondaires, etc.). Dans certaines situations particulières, il est possible de solliciter un avis spécialisé : en cas de traitements associés, de grossesse ou de demande inappropriée par exemple.
Les actes de délivrance et de dispensation doivent toujours être effectués avec attention de la part du pharmacien. Il est également rappelé que celui-ci ne peut s’y opposer, sauf si la santé du patient le nécessite.
Des procédures dérogatoires peuvent être mises en place, sous réserve d’une décision collégiale avec des acteurs spécialisés et avec l’accord du médecin-conseil de l’Assurance Maladie.

Règles spécifiques liées à la prescription et à la dispensation des produits de substitution

La prescription sur ordonnance sécurisée

D’après l’article R 5132-3 du Code de la santé publique, l’ordonnance doit comporter des mentions obligatoires : nom, prénom, sexe, date de naissance, et taille et poids pour les enfants. Doivent également être indiqués sur l’ordonnance : le nom de la spécialité, le dosage, la posologie, la durée de prescription (pas plus de 28 jours) ainsi que le nom du pharmacien (choix du patient).
Les Conseils Nationaux de l'Ordre des Pharmaciens et des Médecins préconisent un contact téléphonique entre le médecin et le pharmacien devant le patient.

Faciliter le rôle du pharmacien, acteur de la prise en charge du patient

Les Ordres des Médecins et des Pharmaciens rappellent les bonnes pratiques spécifiques à la délivrance des traitements par le pharmacien.
Pour une prescription de méthadone, l’ordonnance doit être exécutée dans sa totalité si elle est présentée dans les trois jours suivant sa rédaction. Pour une prescription de buprénorphine, le délai est de trois mois.
Le pharmacien doit conserver une copie de l’ordonnance pour archivage et remettre le document original au patient.

Recommandations ordinales pratiques en matière de prescription et de dispensation des médicaments de substitution aux opiacés

Pour améliorer l’offre de soins, les Ordres des Médecins et des Pharmaciens proposent la possibilité d’une prescription initiale de méthadone en ville par des médecins habilités en addictologie et sous réserve de formation. L’implication d’un plus grand nombre de professionnels est également souhaitable.
Une concertation systématique entre médecin est pharmacien est particulièrement recommandée pour toute première ordonnance, lorsque le patient n’est pas connu, en cas de modification des doses, en cas de difficulté, et pendant le suivi si nécessaire.
Les prescriptions doivent rester dans le cadre réglementaire, et être conservées par les médecins. Les addictions étant des maladies évolutives, il est préconisé d’inscrire les prescriptions dans la durée et de toujours veiller à la réduction des risques et des dommages.

Les évolutions attendues pour améliorer la prise en charge du patient et mieux accompagner les professionnels de santé

Pour plus de sécurité, les Conseils Nationaux de l'Ordre des Pharmaciens et des Médecins suggèrent le recours à la prescription informatisée, transmise directement au pharmacien choisi par le patient. Ce sans pour autant négliger l’échange entre médecin prescripteur et pharmacien dispensateur.
Le suivi d’une formation spécifique sur la primo prescription de méthadone en ville fait également partie des évolutions souhaitées.
L’accompagnement du patient, les échanges de pratiques et les formations pluridisciplinaires sont à privilégier autant que possible.

Codéine et autres médicaments, désormais sur prescription

Depuis l’arrêté du 12 juillet 2017, la codéine et ses sels sont soumis à une prescription médicale obligatoire. Cette mesure a été prise suite à la recrudescence de la consommation de « Purple drank ».
Le repérage précoce de difficultés, la prévention des risques et la prise en charge sont autant de mesures à prendre rapidement chez les jeunes consommateurs et usagers dépendants aux opiacés. En effet, la plus grande difficulté pour obtenir de la codéine peut entraîner des symptômes de sevrage, mais aussi favoriser les approvisionnements risqués. Les Ordres des Médecins et des Pharmaciens rappellent enfin la nécessité de signaler systématiquement tout évènement indésirable.

Source

Recommandations ordinales - Prescription et dispensation des médicaments de substitution aux opiacés, Conseils Nationaux de l'Ordre des Pharmaciens et des Médecins

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Publié par p.horde.
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